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Fonds Social Juif Unifié

Edito

Pierre Besnainou
Président de la Fondation du Judaïsme Français et du Fonds Social Juif Unifié

Un ami m’a dit un jour: « Lorsqu’on a une idée à exposer, et qu’elle est claire dans notre esprit, il est alors possible de la résumer en un mot ! » Cette assertion, que j’ai eue quelques fois l’occasion de vérifier, s’applique parfaitement à la 8eme édition du Festival des Cultures Juives qui s’installe à Paris du 12 au 28 juin, et qui, cette année tague en couleur sur les murs : Multi-Cité.

Un mot s’est immédiatement imposé : Audace. Il fut, sans nul doute le moteur de l’équipe du Festival soutenue par les mairies, ministères, associations, instituts, ambassades ; une équipe qui travaille avec enthousiasme, conviction, discrétion, engagement pendant un an, pour que cette fête des Cultures vous séduise, vous étonne, vous surprenne, vous enchante.

Il faut de l’Audace, oui, qui n’est pas le contraire de « Respect », pour revisiter la culture juive, la mettre à l’épreuve de la rue, du Street-Art, du Hip hop, de la jeunesse, de la modernité, des arts urbains. Il faut de l’Audace, oui, qui n’est pas le contraire de « Mémoire », pour « mixer » passé et présent, mélanger les langages, en créer de nouveaux, accueillir les civilisations du monde à bras ouverts, sans tabous ni préjugés, aimer leurs influences et leur résonnances.

Il faut de l’Audace, oui, pour s’autoriser à entendre Shakespeare autrement, lui qui loin d’un Moyen-Orient qu’il ne connaissait pas, mettait déjà en garde contre l’absurdité des conflits. Si dans le Talmud, il est dit que « l’Audace est une royauté sans couronne », lors de ce 8eme Festival des Cultures Juives, je vous garantis, Tambours et Trompettes.

Pierre Besnainou


Interview de Dominique Bertinotti et Pierre Aidenbaum

Culture(S) : Qu’est-ce qui vous touche le plus : un morceau de saxo la nuit, rue des Blancs-Manteaux ? Un poème d’Aragon lu par une voix chaude légèrement troublante ? Ou Bella Ciao chanté à tue-tête par un groupe de jeunes touristes italiens assis en tailleur place Baudoyer ?

Dominique Bertinotti : Ce serait un morceau de saxophone la nuit, surtout celui de John Surman « Nector’s Saga »…

Culture (S) : En matière d’art, vous préférez ce qui se voit ou ce qui s’entend ?

Pierre Aidenbaum : Sans hésiter je dis ce qui se voit car la vue permet d’admirer, de contempler l’art sous ses formes les plus diverses. C’est d’ailleurs pour moi un plaisir sans cesse renouvelé de découvrir au cœur du Marais autant de lieux de créations artistiques.

Culture(S) : Un « Festival des Cultures Juives » dans vos arrondissements : c’est la logique historico-sociologique ?

Dominique Bertinotti : La logique historico-sociologique, oui. Je me souviens parfaitement des origines de cette manifestation. La mairie du 4e avait choisi de programmer en juillet 2004 un grand week-end de concerts klezmer pour la saison polonaise en France, Nova Polska, sur la place du Marché Sainte-Catherine et dans l’espace d’animation des Blancs Manteaux. Et quel succès !
Nombre de sollicitations ont émergé suite à ces événements.
Avec Pierre Aidenbaum, attaché à la journée des associations yiddish dans son arrondissement, nous avons souhaité réfléchir à une quinzaine des cultures Yiddish pour donner un rendez-vous régulier à ces initiatives associatives dispersées. Une réunion s’est donc tenue début novembre 2004 en mairie du 4e, rassemblant les acteurs clefs, afin qu’une manifestation dédiée à la culture Yiddish s’ancre durablement dans le Marais. Une façon de rendre hommage à tous ces hommes et ces femmes qui sont venus s’installer depuis la fin du XIXème siècle dans le quartier de la Rue des Rosiers et qui font partie de notre histoire commune. Le premier Festival en juin 2005 a ainsi contribué à la renaissance des liens distendus et des fils d’un dialogue tragiquement interrompu entre la communauté juive et la Pologne.
Mais il s’agit aussi d’une curiosité de ma part au sens éthique du terme : s’ouvrir aux autres, connaître de nouvelles choses. La culture dépasse les frontières géographiques, celles de l’esprit et de la création. Et c’est cette diversité culturelle qui fait la richesse humaine.

Pierre Aidenbaum : Logique….Si on veut ! C’est ici que les populations juives d’Europe de l’Est fuyant les pogroms se sont installées. C’est dans le 3è qu’est né le Festival des cultures juives. C’est donc hautement symbolique, et cet écho au passé révèle l’attachement très fort et très présent à ce lieu chargé d’histoire.

Culture (S) : Quelle est la « culture juive » de votre enfance ?

Pierre Aidenbaum : La culture juive de mon enfance, vous l’aurez sans doute deviné tient en un mot : le Pletzl. Mon grand-père David était le président de la synagogue de la rue Pavée. J’habitais avec mes parents à deux pas et j’ai grandi dans ce petit village reconstitué autour des coutumes et des traditions askhénases.

Culture (S) : Comment avez-vous vu ce Festival évoluer en 8 ans ?

Dominique Bertinotti : Le Festival a su toucher un public de plus en plus large depuis sa création. Et sa programmation s’enrichit et s’affine chaque année, avec une exigence de rencontre, de partage, de connaissance et d’ouverture vers l’autre, ce qui en fait un événement clef de l’agenda culturel parisien du mois de juin.

Pierre Aidenbaum : C’est un beau parcours que tous ensemble nous avons accompli, le meilleur reste à venir car chaque année, le festival touche un nouveau public et c’est ce que nous souhaitions, l’ouverture sur la Cité.

Culture (S) : Quelle est votre rue préférée à Paris ou ailleurs ?

Dominique Bertinotti : Je répondrai à votre question par un poème, celui de Jacques Roubaud intitulé « Les Rues de Paris » (extrait) : Les rues de Paris ont deux côtés ; c’est une règle générale ; il n'y a aucune rue de Paris à aucun côté ; Il n’y a pas une seule rue de Paris à un seul côté ; une rue de Paris pourrait difficilement avoir trois côtés ; une rue de Paris pourrait très bien avoir quatre côtés ; Il suffirait de bâtir des maisons au milieu d’une rue ordinaire, à deux côtés ; pourtant cela ne se fait pas….
Pour la suite, il faut consulter : « La forme d’une ville change plus vite, hélas, que le cœur des humains ».

Pierre Aidenbaum : Je n’ai pas de rue préférée, toutes celles du marais de mon enfance me sont précieuses, toutes celles que j’administre tout autant. Toute ma vie s’enroule dans ce dédale de petites rues, de souvenirs, et j’ai du bonheur à y vivre et à y travailler dans l’intérêt de celles

Dominique Bertinotti, maire du IVe arrondissement et
Pierre Aidenbaum Maire du IIIe arrondissement